Soutien à l’hôpital psychiatrique du Rouveray

Les salariés mobilisés depuis le 22 mars revendiquent la création de 52 postes de soignants et l’ouverture d’une unité dédiée aux adolescents. Une rencontre est prévue ce jeudi avec trois émissaires de la ministre de la Santé pour tenter de désamorcer le conflit.

Depuis plus de deux semaines, plusieurs salariés de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen, ont entamé une grève de la faim, pour dénoncer un manque de moyens jugé «dramatique». «On est très mobilisés depuis le 22 mars», indique au Figaro Céline Caillot, déléguée syndicale CGT. Depuis plus d’un mois, les agents du centre psychiatrique en grève illimitée multiplient les actions: distribution de tracts, occupation de l’ARS (Agence régionale de santé) de Rouen, participation à la manifestation des personnels hospitaliers sur les Champs-Élysées, interpellation du président Emmanuel Macron au CHU de Rouen…

Depuis le 21 mai, le mouvement s’est durci. Certains ont débuté une grève de la faim. «On est aujourd’hui à J16 de la grève de la faim, pour défendre nos conditions de travail», précise au Figaro Jean-Yves Herment, secrétaire CFDT et gréviste de la faim hospitalisée lundi, ayant repris les négociations ce mercredi. Au nombre de quatre actuellement sur sept initialement, «trois grévistes ont été hospitalisés, un a arrêté pour des raisons personnelles, et un autre vient de nous rejoindre il y a quarante-huit heures», explique Céline Caillot. «Les grévistes qui restent sont dans un état d’épuisement physique et moral absolu», constate Jean-Yves Herment, qui a luimême des séquelles. «Les médecins sont très inquiets. On n’a pas trois jours devant nous», insiste la déléguée CGT.

«On en peut plus, si on ne nous aide pas ça va imploser»

«C’est un mouvement sans précédent, à l’image de notre quotidien. Il est très suivi et montre bien notre malaise», explique Céline Caillot. «On en peut plus, si on ne nous aide pas, ça va imploser», alerte-t-elle. Ce que revendique les salariés? La création de 52 postes supplémentaires de soignants et l’ouverture urgente d’une unité pour prendre en charge les adolescents, actuellement hospitalisés dans des services adultes.

Le personnel de l’hôpital «se bat depuis plusieurs années contre le phénomène de suroccupation». «On a un nombre de lits qui est insuffisant aux vues du nombre d’hospitalisation. Il nous en manque une vingtaine. Cela nous oblige à trouver des lits dits “supplémentaires”, qui sont en fait des lits pliables, qu’on installe dans les chambres doubles, dans des bureaux, avec aucun accès sanitaire, ni de douche dans la pièce. Aujourd’hui, on a également ouvert des lits dits “d’urgence”, qui sont encore pires puisqu’ils sont installés dans la moindre pièce disponible, même un placard», s’indigne Céline Caillot.

Le nombre d’hospitalisations a augmenté de 8,4% entre 2014 et 2016, selon les données du dernier rapport d’activité de l’établissement. Entre 2014 et 2016, les effectifs en équivalent temps plein n’ont progressé que de 0,5%, passant de 1941 à 1951.

La direction de l’hôpital n’a pas répondu aux sollicitations du Figaro. Le 24 mai, elle avait estimé qu’il n’y avait «plus de suroccupation dans l’établissement à la suite d’un ensemble d’actions mises en place le 15 avril». Mais les mesures prises par l’hôpital n’étaient «en aucun cas satisfaisantes», selon Céline Caillot. «On nous appelait le matin, en nous disant que tant de personnes arriveraient dans la journée, et qu’à midi il fallait qu’on ait trouvé un nombre adapté de lits. Après, on devait se débrouiller», explique la déléguée syndicale. «Ça a fonctionné pendant une semaine», déplore-t-elle.

La direction avait également annoncé l’embauche de cinq contractuels, un chiffre jugé «ridicule» par les syndicats. La délégation intersyndicale a été reçue, mardi soir, par la direction de l’Agence régionale de santé de Normandie, qui a proposé un «protocole de sortie de crise». Mais Jean-Yves Herment juge ces propositions décevantes, expliquant qu’elles «étaient déjà rédigées avant de nous rencontrer, et donc on nous a soumis des choses qui avaient déjà été avancées».

Une rencontre est prévue ce jeudi à 11 heures avec les trois émissaires dépêchés par la ministre de la Santé Agnès Buzyn pour tenter de désamorcer le conflit. «On attend de voir s’ils ont des choses à proposer mais de toute façon on ne lâchera rien et on maintient la pression tant qu’on n’aura pas l’ouverture de ces 52 postes et de cette unité pour adolescents», insiste Céline Caillot. Et d’ajouter: «La grève va continuer, les grévistes de la faim sont déterminés.»

Publié Marie-Alix Dagry

 

Pétition de soutient a l’hôpital psychiatrique du Rouvray :

https://www.change.org/p/syndicat-cfdt-du-rouvray-stop-%C3%A0-l-accueil-sur-des-lits-de-camp-exigeons-des-moyens-pour-l-h%C3%B4pital-psychiatrique

Hôpital du Rouvray : « une solidarité nationale doit s’organiser » 2eme communiqué de l’USP (4 juin 2018)

il y a 1 semaine, par infosecusanté

 

COMMUNIQUE DE L’USP du 4 juin 2018

Hôpital du Rouvray : une solidarité nationale doit s’organiser

A l’hôpital du Rouvray, 7 salariés sont en grève de la faim depuis le 22 mai : depuis plus de dix jours !
Une grève fut déclenchée le 22 mars par l’intersyndicale ; il n’y eut aucune réponse de la direction ni de l’ARS. C’est suite à cette situation que ces salariés ont pris cette décision d’une grève de la faim.
Là-bas comme partout, les salariés en lutte se heurtent au mépris, aux éléments de langage mécaniquement répétés de hiérarchies stupides.

Or que demandent les grévistes de l’hôpital du Rouvray ?
Une unité spécialisée pour l’accueil des adolescents et 52 postes (aides-soignants et paramédicaux). A cette revendication concrète, pas de réponse.

Que proposa enfin l’ARS le 31 mai (après plusieurs jours de grève de la faim) : une mission d’audit, juste ça.

Or, les grévistes rappellent qu’il y eut une mission d’audit… en décembre 2016. Cette mission d’audit se terminait en notant l’existence d’« un terreau favorable à l’émergence de risques psycho-sociaux et à l’émergence de souffrance au travail, de décompensation, de burn-out ou d’altération de la santé des personnels ». Ce qui était annoncé fin 2016 s’est ainsi réalisé. Si une mission d’audit sert à orienter la décision pour des changements, une nouvelle mission d’audit est inutile.
C’est pourtant la seule réponse que l’intersyndicale et les grévistes de la faim ont reçue à ce jour. Quel mépris insupportable !

Les soutiens se multiplient : le conseiller régional Gilles Houdouin, des personnalités politiques comme Benoit Hamon, Philippe Poutou, François Ruffin, Caroline Fiat, les syndicats Solidaires, FSU et USP, et nous en oublions.
Le 2 juin, lors des « rencontres de la Criée » à Reims, auxquelles des militants USP participaient, un appel fut publié contre « les destructions massives de soins prodigués aux patients de secteur psychiatrique ». Il y est appelé à la « convergence de tous les lieux de lutte ». Nous répondons présents à cet excellent appel, nous le faisons notre.

Il faut dans l’urgence un front de solidarité avec les grévistes du Rouvray. Leur lutte, c’est celle de tous les soignants de la psychiatrie ; elle devient le symbole de de toutes celles et tous ceux qui, dans ce secteur professionnel et ailleurs, n’en peuvent plus de ce monde dirigé par des responsables sans qualité et sans cœur.

Nous exigeons que la ministre réponde aux revendications des grévistes.
Solidarité nationale avec nos amis du Rouvray !
Nous voulons prendre soin d’elles et eux.

Pascal Boissel, président

Union Syndicale de la Psychiatrie
52 rue Gallieni, 92240 Malakoff
Tél : 01 46 57 85 85 – Fax : 01 46 57 08 60
uspsy@free.fr
www.uspsy.fr

 

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